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31/01/2021

LIRE

« – Vous avez lu tous ces livres ? J'ai demandé.

– Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m'échapper. Ils m'ont changée, ont fait de moi une autre personne.

– Un livre peut nous changer ?

– Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

 

in Gaël Faye,
"PETIT PAYS",
Le Livre de Poche, 2020, p. 172.

Les lectures de Roberte Roberte.

19:43 Publié dans Blog, Lecture | Lien permanent

17/01/2021

ÉCRIRE

« […] Il décrivait, ainsi que ne manquent jamais de le faire tous les jeunes poètes, la nature, et afin d'assortir la nuance de vert avec précision, il regarda (et en cela il fit preuve de plus d'audace que la plupart) la chose elle-même, qui se trouvait être un buisson de laurier poussant au-dessous de la fenêtre. Après quoi, bien sûr, il ne put plus écrire. Le vert dans la nature est une chose, le vert dans la littérature en est une autre. »

 

Virginia Woolf, Orlando, Chap. I, 
Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade,
Oeuvres romanesques, II, p. 197.

Les lectures de Roberte Roberte.
(Rediffusion.)

23:40 Publié dans Blog, Lecture | Lien permanent

22/12/2020

LES DENTIERS NE FLOTTENT PAS

« [...]

L’église pentecôtiste d’Elim, Blackburn Road, Accrington, a été le centre de ma vie pendant seize ans. Elle n’avait pas de bancs, ni d’autel, de nef, de chœur, de vitraux, de bougies, ni d’orgue.

Elle avait des chaises pliantes en bois, une chaire tout en longueur et pas très haute – plus comme pour une scène que l’habituelle loge sur pilotis –, un piano comme ceux qu’on trouve dans les pubs et des fonts baptismaux.

On remplissait ces derniers d’eau à l’occasion des baptêmes. De même que Jésus avait baptisé ses disciples dans le Jourdain, nous aussi nous pratiquions l’immersion complète des croyants dans un bassin profond dont l’eau devait être chauffée lentement dès la veille de l’office.

On tendait une petite boîte aux futurs baptisés pour qu’ils y placent leur dentier et leurs lunettes. Elle ne servait que pour les lunettes jusqu’au jour où Mrs Smalley a ouvert la bouche sous l’eau pour louer le Seigneur et a perdu son dentier du haut. Le pasteur ne savait pas nager, c’est donc un membre de la congrégation qui a dû plonger pour aller le récupérer – nous avons entamé un : « Je vous ferai pêcheurs d’hommes »  en guise d’encouragement, mais par la suite, nous nous sommes dit que si perdre un dentier était de la malchance, en perdre deux ressemblerait à de la négligence. Après cet épisode, les baptêmes ont été conférés sans dentier, si dentier il y avait – ce qui était le cas pour la plupart des gens. »

Jeanette Winterson,
Pourquoi être heureux quand
on peut être normal ?
Chap. 6, "L'Église", pp. 83-84.
Éditions de l'Olivier, mai 2012.
Traduit de l'anglais par Céline Leroy.

Les lectures de Roberte Roberte.
(Rediffusion.)