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31/03/2018

FIN (de semaine)

À la radio, chaque samedi matin,
Alain nous parle du déclin.

Roberte Roberte.

27/02/2017

GAZOUILLIS

Twitter, ça évoque un gazouillement comme dirait le charmant petit oiseau bleu qui représente le réseau.

Un gazouillement, dit Monsieur Robert-Dictionnaire, cela peut être :

  1. Action de gazouiller ; bruit qui en résulte : Chant, murmure, ramage. Le gazouillement d’une hirondelle, d’un oiseau. Le doux gazouillement des ruisseaux.
  2. Bruit d’une voix douce et plaisante ; paroles prononcées avec douceur. Un gazouillement de jeunes filles : Chuchotement murmure. Le gazouillement d’une voix douce, mélodieuse.
  3. Sons articulés par un petit enfant : Babil, gazouillis.

C’est bientôt le Printemps, vous vous rêvez vautré(e) dans une chaise longue à contempler au travers de la ramure d’un arbre naturellement centenaire l’indicible bleu du ciel. L’odeur de l’herbe fraîchement coupée vous enivre légèrement. Vous fermez les yeux pour mieux entendre les gazouillis des oiseaux et, pas très loin, le gazouillement du ruisseau.

Soudain votre visage est emplâtré d’une fiente malodorante. On avait omis de vous prévenir (et pourtant pas mal de gens bien informés sont au courant) : les oiseaux « chient » aussi.

© Roberte Roberte.

03/11/2016

NAUSÉE

« Patrice met la radio et allume son ordinateur. C’est ce qu’il fait tous les matins. Il sait que ça le rend fou. Dans les années 80, quand il a commencé à acheter la presse et écouter la radio, c’était différent. Il y avait des points de colère, mais il avait aussi des journalistes qu’il aimait lire ou écouter. Il y avait des artistes qu’il était content de voir intervenir. Le rapport aux médias n’était pas exclusivement constitué de défiance et d’hostilité. Les commentaires merdiques sur la chute du Mur, la place Tiananmen ou Scorsese qui filmait le Christ se faisaient au comptoir – entre gens qui sont là, se voient, se répondent et s’embrouillent. On ne racontait pas n’importe quoi, furieux d’être anonyme, condamné à sortir la connerie la plus lapidaire possible, renvoyé au silence assourdissant de sa propre impuissance. Aujourd’hui il voudrait y mettre de l’ordre mais il n’y parvient pas. Il ouvre des journaux qu’il n’aurait jamais achetés, à l’époque. Ça lui rentre dans le cerveau, en tentacules empoisonnés, et ça ne génère aucune analyse, juste de la fureur. Une envie d’en découdre, en bloc, une nausée morbide. Il n’a pas envie de joindre sa voix à la cohorte, il n’a pas envie d’ouvrir un blog pour déverser sa bile, il n’a pas envie d’ajouter au flot de merde sa petite crotte de débile. Mais il est incapable de s’arracher à la fenêtre, ouverte. Il a l’impression, chaque matin, de s’asseoir et regarder le monde pourrir. Et des élites dirigeantes, nul ne semble prendre conscience de ce qu’il y a urgence à faire machine arrière. Au contraire, on dirait que tout ce qui les préoccupe, c’est foncer vers le pire, le plus rapidement possible. »

Vernon Subutex, © Virginie Despentes,
éd. Grasset & Fasquelle, 2015.
in "Le Livre de Poche", avril 2016, T.1, pp. 290-291.

Les lectures de Roberte Roberte.