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08/05/2018

UNE BONNE NOUVELLE

« La rectification

Depuis très longtemps déjà, Dieu reconnaissait son erreur : cette idée de jeter des humains sur une planète d'importance secondaire, mais assez agréable, s'était révélée un coup manqué, un malencontreux coup d'essai. Tout cela parce qu'il avait conçu l'homme naturellement rapace et agressif, mesquin et vaniteux, intelligent, mais pas vraiment lucide, et par-dessus tout égocentrique, capable de n'importe quoi par intérêt.

Il rattrapa ce coup pour rien en jetant, dans une galaxie perdue, sur une planète identique à la Terre, une version sensiblement revue et corrigée des Terriens qui firent de leur vie comme de leur planète un monde féérique, méconnaissable par rapport au premier modèle.

Dieu donna droit à plusieurs siècles d'existence à ces créatures toujours désintéressées, naturellement pacifiques et, pour éviter toute déviation dans la violence ou la dangereuse connerie, il avait tenu à les priver de toute notion d'une foi quelconque, de toute tentation de s'inventer une religion. »

Sternberg, Contes griffus,
Éd. Denoël, 1993, p. 33.

Les lectures de Roberte Roberte.

08:54 Publié dans Blog, Lecture, Religion | Lien permanent

19/04/2018

AU CAFÉ AVEC DIEU

« Mais il y avait aussi un conflit permanent : quand j’étais enfant, Jérusalem était une ville mixte. On y trouvait des quartiers arabes, juifs, arméniens, allemands, la colonie américaine, une communauté grecque – c’était l’une des petites cités les plus cosmopolites du monde. En fait, plus qu’une ville, c’était une mosaïque de faubourgs dont un champ ou des terrains vagues délimitaient les frontières. On y priait différemment, on y parlait différemment et on s’y habillait différemment. Et pourtant la communication passait. Dans les années 1940, il y avait certes des tensions mais pas de violence. On considérait autrui comme quantité négligeable. Mais tout le monde partageait la même fièvre messianique secrète. Chacun pensait détenir le véritable héritage de Jérusalem, la vraie religion, la foi authentique. Chacun pensait que Jérusalem lui appartenait et y tolérait à peine la présence des autres. Alors, naturellement, le délire religieux, les crispations interconfessionnelles étaient tels que, à moins de devenir fou, on acquérait un grand sens de l’humour, on apprenait à relativiser, à comprendre que tout le monde avait son histoire qui n’était pas moins valable ni convaincante qu’une autre.

Je me rappelle une blague où l’un des protagonistes est assis dans un café, à Jérusalem – évidemment – à côté d’un vieil homme. Ils engagent la conversation. Il s’avère que le vieillard est Dieu Lui-même. Très bien. D’abord récalcitrant, son interlocuteur finit par se rendre à l’évidence. Il a une question, une question qui ne souffre aucun délai, bien entendu. « Mon cher Dieu, auriez-vous l’amabilité de me dire, une bonne fois pour toutes, qui possède la vraie foi ? Les catholiques romains, les protestants, ou alors les juifs, ou bien encore les musulmans ? Répondez-moi, je vous en prie. » Et Dieu : « À dire vrai, mon fils, je ne suis pas religieux, je ne l’ai jamais été, et la religion ne m’intéresse guère. »

 

Amos Oz, Comment guérir un fanatique,
traduit de l’anglais par Sylvie Cohen,
éditions Arcades, Gallimard, 2008, pp. 16-17,
transcriptions de trois conférences prononcées
en anglais à Tübingen (Allemagne) en janvier 2002.
Premier texte, « Se glisser dans la peau de l’autre ».

(Rediffusion).

 

09:42 Publié dans Actualité, Blog, Lecture, Religion | Lien permanent

02/04/2018

TRADITION PASCALE

Ne pouvant s'offrir un gigot d'agneau,
ils achetèrent une tête d'ail.