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02/02/2019

PHILOSTREET

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© photo Anna Livia, Paris 19e, 19 novembre 2017.

(Rediffusion.)

29/12/2018

AU CAFÉ AVEC DIEU

« Mais il y avait aussi un conflit permanent : quand j’étais enfant, Jérusalem était une ville mixte. On y trouvait des quartiers arabes, juifs, arméniens, allemands, la colonie américaine, une communauté grecque – c’était l’une des petites cités les plus cosmopolites du monde. En fait, plus qu’une ville, c’était une mosaïque de faubourgs dont un champ ou des terrains vagues délimitaient les frontières. On y priait différemment, on y parlait différemment et on s’y habillait différemment. Et pourtant la communication passait. Dans les années 1940, il y avait certes des tensions mais pas de violence. On considérait autrui comme quantité négligeable. Mais tout le monde partageait la même fièvre messianique secrète. Chacun pensait détenir le véritable héritage de Jérusalem, la vraie religion, la foi authentique. Chacun pensait que Jérusalem lui appartenait et y tolérait à peine la présence des autres. Alors, naturellement, le délire religieux, les crispations interconfessionnelles étaient tels que, à moins de devenir fou, on acquérait un grand sens de l’humour, on apprenait à relativiser, à comprendre que tout le monde avait son histoire qui n’était pas moins valable ni convaincante qu’une autre.

Je me rappelle une blague où l’un des protagonistes est assis dans un café, à Jérusalem – évidemment – à côté d’un vieil homme. Ils engagent la conversation. Il s’avère que le vieillard est Dieu Lui-même. Très bien. D’abord récalcitrant, son interlocuteur finit par se rendre à l’évidence. Il a une question, une question qui ne souffre aucun délai, bien entendu. « Mon cher Dieu, auriez-vous l’amabilité de me dire, une bonne fois pour toutes, qui possède la vraie foi ? Les catholiques romains, les protestants, ou alors les juifs, ou bien encore les musulmans ? Répondez-moi, je vous en prie. » Et Dieu : « À dire vrai, mon fils, je ne suis pas religieux, je ne l’ai jamais été, et la religion ne m’intéresse guère. »

 

Amos Oz, Comment guérir un fanatique,
traduit de l’anglais par Sylvie Cohen,
éditions Arcades, Gallimard, 2008, pp. 16-17,
transcriptions de trois conférences prononcées
en anglais à Tübingen (Allemagne) en janvier 2002.
Premier texte, « Se glisser dans la peau de l’autre ».

 

Amos OZ
4 mai 1939 - 28 décembre 2018

On espère qu'il rencontrera ce Dieu-là.

 

18:52 Publié dans Blog, Lecture, Politique, Religion | Lien permanent

23/08/2018

HEUREUX LES DOUX

« Je ne pouvais pas me réfugier, comme tant d’autres, dans l’Église et ses mystères. Mes parents rejetaient tous les dogmes. Nous méprisions les jours fériés vantés par les gens qui voulaient être blancs. Nous ne nous levions pas pendant leurs hymnes. On ne s’agenouillait pas devant leur Dieu. Je n’avais donc aucune raison de croire qu’un Dieu empreint de justice était de mon côté. « Heureux les doux, car ils posséderont la terre » ne signifiait rien à mes yeux. Les doux, on les tabassait à West Baltimore, on les piétinait sur Walbrook Junction, on les massacrait sur Park Heights et on les violait dans les douches de la prison municipale. J’avais une compréhension physique du monde. Sa morale était tendue vers le chaos et se terminait dans une caisse en bois. »

TA-NEHISI COATES,
Une colère noire – Lettre à mon fils,
éd. Autrement, 2016, pp. 49-50.

 

Les lectures de Roberte Roberte.

(Rediffusion).

09:24 Publié dans Blog, Lecture, Politique, Religion | Lien permanent