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25/03/2020

DE LA MORT

« C'est une étrange faiblesse de l'esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoi qu'elle se mette en vue de tous côtés, et en mille formes diverses. On n'entend dans les funérailles que des paroles d'étonnement de ce que ce mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l'a entretenu ; et tout d'un coup il est mort. Voilà, dit-on, ce que c'est que l'homme ! Et celui qui le dit, c'est un homme ; et cet homme ne s'applique rien, oublieux de sa destinée ! Ou s'il passe dans son esprit quelque désir volage de s'y préparer, il dissipe bientôt ces noires idées; et je puis dire, messieurs, que les mortels n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort que d'enterrer les morts mêmes. »

in Encyclopédie sur la mort,
Bossuet, extrait du "Sermon sur la mort",
prononcé devant la cour pour le Carême 1662.

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02/03/2020

...et pas misogyne...

20190917 Dieu1.JPG

© photo RadicÔlibres, 17 septembre 2019, Paris 1er.

08/02/2020

AU CAFÉ AVEC DIEU

« Mais il y avait aussi un conflit permanent : quand j’étais enfant, Jérusalem était une ville mixte. On y trouvait des quartiers arabes, juifs, arméniens, allemands, la colonie américaine, une communauté grecque – c’était l’une des petites cités les plus cosmopolites du monde. En fait, plus qu’une ville, c’était une mosaïque de faubourgs dont un champ ou des terrains vagues délimitaient les frontières. On y priait différemment, on y parlait différemment et on s’y habillait différemment. Et pourtant la communication passait. Dans les années 1940, il y avait certes des tensions mais pas de violence. On considérait autrui comme quantité négligeable. Mais tout le monde partageait la même fièvre messianique secrète. Chacun pensait détenir le véritable héritage de Jérusalem, la vraie religion, la foi authentique. Chacun pensait que Jérusalem lui appartenait et y tolérait à peine la présence des autres. Alors, naturellement, le délire religieux, les crispations interconfessionnelles étaient tels que, à moins de devenir fou, on acquérait un grand sens de l’humour, on apprenait à relativiser, à comprendre que tout le monde avait son histoire qui n’était pas moins valable ni convaincante qu’une autre.

Je me rappelle une blague où l’un des protagonistes est assis dans un café, à Jérusalem – évidemment – à côté d’un vieil homme. Ils engagent la conversation. Il s’avère que le vieillard est Dieu Lui-même. Très bien. D’abord récalcitrant, son interlocuteur finit par se rendre à l’évidence. Il a une question, une question qui ne souffre aucun délai, bien entendu. « Mon cher Dieu, auriez-vous l’amabilité de me dire, une bonne fois pour toutes, qui possède la vraie foi ? Les catholiques romains, les protestants, ou alors les juifs, ou bien encore les musulmans ? Répondez-moi, je vous en prie. » Et Dieu : « À dire vrai, mon fils, je ne suis pas religieux, je ne l’ai jamais été, et la religion ne m’intéresse guère. »

 

Amos Oz, Comment guérir un fanatique,
traduit de l’anglais par Sylvie Cohen,
éditions Arcades, Gallimard, 2008, pp. 16-17,
transcriptions de trois conférences prononcées
en anglais à Tübingen (Allemagne) en janvier 2002.
Premier texte, « Se glisser dans la peau de l’autre ».

 

Les lectures de Roberte Roberte. Rediffusion.

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