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25/02/2018

LE RETRAITÉ

« […] C’est une condition comme une autre, et elle porte la marque de la cohérence la plus naturelle, et aussi de la plus naturelle banalité. Tout aspect paradoxal disparaît, une fois qu’on se trouve de ce côté de l’affaire. Un grand dégrisement – c’est ainsi que je pourrais appeler ma condition ; libération de toute charge, légèreté dansante ; vide, irresponsabilité, nivellement des différences, relâchement de tous les liens ; mol étirement de toutes les frontières. Rien ne me tient et rien ne me garde captif ; un manque de résistance ; une liberté sans limites. Une indifférence singulière, grâce à laquelle je glisse, léger, à travers toutes les dimensions de l’existence – cela devrait plutôt être agréable. Cet état sans fond, cette citoyenneté universelle, ce manque, presque, de souci, ce peu d’intérêt aux choses, cette absence de poids ; je ne peux pas me plaindre. Il existe une expression : ne pouvoir réchauffer nulle place. Oui, c’est cela : depuis longtemps, je ne réchauffe plus la place sous moi. »

Bruno SCHULZ,
Le sanatorium au croque-mort,
"Le retraité", p. 217,
L'Imaginaire, Gallimard, 2010.

 

Les lectures de Roberte Roberte. (Rediffusion.)

09:21 Publié dans Blog, Lecture, Vieilles peaux | Lien permanent

22/02/2018

ATOMISEURS

parfum.jpg

Chère Mamie,

Nous avons cherché en vain une recharge pour l'un ou l'autre de tes "atomiseurs" : ça ne se fait plus. "Tout a une fin" comme tu aimes à le dire. Nous te les rapporterons, ils ont un aspect sympa sur les vieux meubles comme la commode qui est au fond de ta chambre. Ce qui nous a amusés, en regardant en-dessous les copyrights du parfumeur, c'est que l'un date de 1968 et l'autre de 1981 : des années qui te sont précieuses... Tu le savais ? Nous n'avons pas trouvé d'article de substitution à ton eau de toilette, prix et quantité, rien à voir comme tu peux le supposer. Aussi, Mamie, est-ce bien nécessaire de se parfumer à l'EHPAD ?
Nous viendrons te voir pas ce samedi là, ni le suivant mais celui d'après.
Biz.

Jean & Jeanne.

30/11/2017

LA FIN DU FILM

Grand-mère ne voit jamais la fin du film. Elle s'endort avant. Elle a pensé au début que le confort du canapé judicieusement placé face au téléviseur, la précipitait dans le sommeil. Aussi s'est-elle installée sur une chaise. Mais elle s'y endort aussi. Encore curieuse, elle s'est d'abord battue de toutes les façons pour connaître l'épilogue : elle a interrogé ses amis, consulté Internet, et même parfois revu le film... Et puis, tout doucement, elle s'est résignée à ne pas savoir, pas si pressée de connaître la fin.

© Roberte Roberte.