Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/06/2019

DE L'APPARENCE

« Le dimanche de ma première conférence, une lettre cachetée fut déposée à l'hôtel à mon intention. L'auteur anonyme me prévenait d'un complot contre ma vie : selon lui, j'essuierais un coup de feu au moment d'entrer dans la salle. Je ne sais pourquoi je n'accordai aucune importance à cette histoire. Cependant, souhaitant éviter d'inquiéter mes camarades, je n'en fis pas état à mon ami C.V.Cook qui était venu pour m'accompagner au meeting. Je lui dis préférer m'y rendre toute seule.
Jamais je ne m'étais sentie aussi calme qu'en marchant nonchalamment de l'hôtel au lieu de réunion. À moins d'une rue de la salle, je levai instinctivement à hauteur de mon visage le grand sac que je portais toujours avec moi. J'entrai sans encombre et avançai vers la tribune, en tenant toujours le sac devant mon visage. Une idée me tarauda pendant toute la conférence : "Si seulement je pouvais protéger mon visage !". Le soir, je reproduisis le même numéro, portant le sac devant mon visage tout au long du chemin jusqu'à la salle. Les meetings se passèrent bien sans la moindre trace de conspirateurs.
Pendant des journées entières, je m'interrogeais pour trouver une explication plausible à mon geste ridicule avec le sac. Pourquoi avais-je été plus préoccupée de mon visage que de mon buste ou de n'importe quelle autre partie de mon corps? En pareille circonstance, un homme ne penserait sûrement pas à son visage. Et pourtant, face au risque bien réel de mourir, j'avais craint de me voir défigurée ! J'étais toute retournée de me découvrir une vanité féminine aussi banale. »

Emma Goldman, VIVRE MA VIE,
"Une anarchiste au temps des Révolutions",
Éd. L'ÉCHAPPÉE, p. 560.

Les lectures de Roberte Roberte.

Écrire un commentaire