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25/09/2018

RÉVÉLATION

« Je recouvrai la vue d'un coup, au moment où, recrue de fatigue, elle se leva lentement de sa chaise et se dressa sous la lumière chaude du globe en opaline suspendu au plafond. Elle apparut enfin devant moi. C'était comme si elle sortait du brouillard ou si j'avais tourné la molette d'une paire de jumelles. J'aperçus les cernes pâles, les poches tombantes autour de ses yeux éteints, ses ongles noirs et irréguliers, ses dents couleur de seigle, sa chevelure grise, filasse, hirsute. Et surtout sa tête labourée de rides, parcourue de striures labyrinthiques, sa peau décharnée, passée au bistre, parcheminée, craquelée, crevassée, par endroits, presque charbonneuse, piquée de comédons, de petits points pareils à de vieux tatouages à moitié effacés. Je contemplais une ville en ruine, un paysage tourmenté d'après bataille. Elle était maintenant debout, prête à partir avec son masque de carnaval, raide pour ne pas tomber, les bras collés à son imperméable élimé, usé jusqu'à la corde, au revers crasseux, dans ses vêtements désormais trop grands qu'elle ne quittait plus. Tout en elle criait au secours. »

Christophe Boltanski,
Le guetteur, éd. Stock, 2018,
pp. 54-55.

Les lectures de Roberte Roberte.

09:49 Publié dans Blog, Lecture, Vieilles peaux | Lien permanent

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